Journal(s)

Matignon, 20:10

Je voudrais déjà être Dieu.

Matignon, 23:21

Quelle est abrupte la route quand on serpente à travers les plaines, la nuit, dans la campagne bretonne. On ne croise rien, peut-être un phare, au loin, du côté de St Alban, on n’en est jamais trop sûr. En traversant chaque commune on espère apercevoir un visage amical, on surveille le gibier traversant aux abords des bois, on attend que le jour se lève en sachant pertinemment qu’il tombera avant moi.

Ma perle noire qui roule n’est jamais trop franche — carillons ! menteurs ! — ma folie vous abime jusqu’à tomber dans les troquets, dans les bars de routiers, où la tête de veau est servie chaque vendredi, on voudrait prendre à droite quand il faut prendre à gauche, les lieux-dits se fondent dans le silence, et lorsque passe le bruit de mon moteur, c’est dans ces lits que j’enterre leur terrible présence.

Trégueux, 0:14

J’observe des personnes qui écrivent des choses, ils prétendent ça sincère. Ce sont des sirènes, en fait ils n’y connaissent rien, elles percutent un son comme des enragées, mais sans rien y comprendre, elles le répètent en boucle et ça fait s’affoler tout le monde aux alentours, mais sans rien y comprendre. Ils descendent de leurs longues cordes, avec leurs haut-parleurs, croyant ramener la bonne parole, mais n’étant que souffleurs.

Ils brisent la langue à mesure qu’ils la propagent, ce sont les loups dans la berge, les enfants charcutés et profanes. Rien de ce qu’ils avancent n’est réel, rien ne touche, car rien ne vit, et quand viennent leurs douleurs feintes sur les hauts plateaux de la Poésie, ils embrasent la Vérité de leurs putrescences, abhorrent les vendanges et honorent la douce pâleur de leurs songes en mal de beauté.

Trégueux, 16:34

“Mais ce n’est peut-être que plus tard que je m’en rendrai compte et ce sera à cet instant-là que je me souviendrai de toi quand tu me disais cela.”

Trégueux, 18:59

Il faudrait faire en sorte que tout cela ne finisse pas dans un affreux pugilat.


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